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13 février 2010 6 13 /02 /février /2010 11:52

vosges1.jpgIl souffle un vent de tempête au col de la Schlucht, malgré une altitude modeste de 1139 mètres. Trente minutes avant le lever du jour, les rues sont désertes et totalement silencieuses. Seul un blizzard glacé hurle ses colères entre les cimes encombrées d’un voile cotonneux et grisâtre. A l’entrée de la sente, quelques relents de fête s’échappent des murs d’une auberge connue, on vient d’y célébrer un mariage. L’accès du sentier semble facile, au premier abord, pourtant, la neige accumulée en congère difforme et un panneau d’avertissement interdisant l’accès en période hivernale, laisse présager que la nature vosgienne n’est pas toujours accueillante.

 

vosges2.jpg

 

Nous sommes en moyenne montagne ! La prudence est donc de rigueur, j’outrepasse l’interdiction en traînant les pieds dans une neige poudreuse, profonde et mouvante comme un sable détrempé. Je suis le premier, ce matin, à accéder à ce site dont la sauvagerie se révèle à l’hiver ! A l’est une clarté étouffée tente de percer la masse dilatée des brumes hiémales, orchestrées par cette saison agressive. Immédiatement, le zéphyr se calme, les moins 9° C affiché par le thermomètre semblent pourtant très optimistes. Le ressenti correspond plutôt à la sensation de pénétrer un univers glacé ou la vie sauvage semble s’être arrêter.

 

vosges3.jpg

 

Au premier croisement la sente presque invisible,  serpente légèrement vers l’ouest. Les repères sont peu nombreux, enfouis comme des bêtes traquées par l’hiver, sous une couche dense de glace et de givre. Les premiers hectomètres sont abordables, il faut s’enfoncer plus loin pour détecter les premières traces du vivant. Un chamois s’est aventuré sur les hauteurs ! Pratique assez inhabituelle à priori, pourtant les fèces déposées sont bien les siennes, même si les traces de l’ongulé sont déjà recouvertes par cette farine fluide et froide qui s’immiscent partout dans les vêtements.

 

feceschamois.jpg

 

Les premières aiguilles de glace bleutée apparaissent sous les roches, l’hiver est à l’œuvre et sculpte sans cesse le paysage, brisant les blocs, s’immiscent dans les failles, encombrant les sylves d’une croûte insupportable. Les épicéas dispersent branchages et rameaux sur le sol, comme après la tempête ! Plus loin les difficultés se divulguent, la matière cristalline tente de bloquer l’accès aux secrets des roches, enfoncé jusqu’à la taille, je persiste. La froidure gagne les pieds et les chevilles qui deviennent soudain moins souples. Ce sanctuaire blanc ne souhaite pas se découvrir. Plus loin, concentré sur la marche, après avoir passé plusieurs coulées, je détecte une nouvelle trace, une fiente d’oiseau jaune orangée qui pourrait appartenir au Grand Tétra. J’observe les alentours en contenant mes expirations bruyantes. Un écureuil roux remonte un tronc presque centenaire, se glissant entre les branches cassées à la manière d’un slalomeur. A observer la forme du dépôt, il ressemble également à celui du faisan.

 

aiguilleglace.jpg

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Dans le doute, je me glisse à nouveau dans la piste, au jugé, sans aucun repère. Après avoir passé les passerelles métalliques et rouillées dont les mains courantes sont bizarrement placées au ras du sol, je me perds en tentant de suivre les nombreuses empreintes du chamois. Le sentier se rétrécie, laissant très peu de place pour les chaussures. Le vent et le gel se sont alliés pour décaper les troncs, dont l’écorce flotte dans le vent comme un étendard. Je suis sur les terres de l’hiver, c’est certain. Je visite du regard, un tronc creux dont la forme me rappelle celle d’une pomme. Pas de trace de passage, la vieille souche n’héberge personne, pas même un parasite xylophage.

 

sentiervosgien.jpg

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ecorce.jpgLe sentier reprend une dizaine de mètres plus hauts, obligeant le randonneur à godiller pour s’élever encore un peu. Je comprends alors pourquoi la pratique hivernale est interdite en ces lieux. Le moindre faux pas peut conduire à la chute, dans les profondeurs des ravines, voire au mieux, à la glissade sur des distances considérables, les éboulis bien au chaud sous la neige, n’attendent qu’une cheville mal protégée pour lui briser les os. Je m’entête encore dans cette sauvagerie naturelle, dont les bêtes, comme on les nomme… elles…, se contentent pour survivre ! C’est la moindre des choses pour qui tente d’aborder le peuple du vivant.

 

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Le long processus de redoux et de gel a engendré des épées de glace de plusieurs mètres. Armes naturelles encore embrumées qui ne demande qu’à tomber ! Perdu dans l’hiver, je cherche en vain le passage qui doit mener au-delà des Trois Fours, rebroussant chemin, pour tenter à nouveau la chance, sans comprendre l’erreur renouvelée qui me mène systématiquement aux abords d’une falaise sans retour. Finalement, même au cœur de l’hiver, je détecte un passage qui mène à une cascade modeste enjôlée par les glaces. L’eau froide et silencieuse me désaltère. J’hésite un instant à franchir à dos de pierres englacées ce cours d’eau presque muet.

 

glacestalagtite.jpg

stalagtite.jpg

cascadegelee.jpgPlus loin, je décide de faire demi-tour, remonter vers la Schlucht, il est presque midi. La faim au ventre, deux bonnes heures de marches pénibles et lentes m’attendent encore avant de pouvoir enfin retrouver la touffeur du  véhicule. Les miens sont peut être, déjà inquiets.


Bien à vous.JLV


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commentaires

écureuil bleu 13/02/2010 20:57


Merci pour cette superbe balade. Ma photo préférée est l'avant-dernière, saisissante ! Bonne soirée,
Brigitte


JLV 13/02/2010 21:25


Tu reviens quand tu veux l'Ecureuil, excuse moi... Brigitte, les balades sont offertes...bon dimanche!

Cordialement


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