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1 février 2010 1 01 /02 /février /2010 16:40

tourbiere002.jpgUne lumière pâle, vacillante, lueur bleutée, parfois rougeâtre ou encore dorée, flotte dans l'air immobile, au contact direct de mes miasmes. L'absence de fumerolles et de flammes chaudes perturbe la raison du voyageur, surpris par mon farfadet qui cherche à s'échapper de ma nuit noire et pesante.

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Quelques secondes s'écoulent dans un silence sépulcrale, recouvrant d'une chape d'incompréhension et de surprises, la totalité du marais. Le temps se fige, tout comme le pas du nomade qui regrette déjà d'avoir raccourci son trajet nocturne.

 

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Le crapaud, quand il n'est pas transformé en cula

 Ma végétation ne semble pas s'embraser au contact de l'Ignis fatuus et des histoires insensées commencent à renaître dans l'esprit de cet homme seul, face à ma nature sauvage et inconnue. La froideur du mystérieux foyer vacillant à quelques mètres interloque son esprit fuyant. Même ma vie nocturne semble se taire, il tend pourtant une main tremblante comme pour se protéger d'un danger imminent. L'odeur caractéristique de mon marais remonte soudain de mes terres et lui cingle les narines, il observe le spectre à travers ses doigts écartés, qui n'en finit plus de se balancer au gré de mon air vicie. Les secondes lui semblent éternelles, son cerveau primale fait alors apparaître un tracé féminin, de vieilles histoires lui parlent encore de femmes ayant péché toute une vie, qui aurait été condamnée à surgir sous cette forme.

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Une sueur glacée coule sur son front et brûle ses yeux ébahis, la hauteur de la sinistre flammerole lui rappelle les légendes galloises qui parlent d'esprit en recherche d'un parent, il s'apprête alors à mourir dans l'incompréhension la plus totale. Un espoir surgit dans sa conscience exacerbée, peut être cherche t-il simplement à l'égarer pour le pousser dans mes eaux noires après avoir soufflé sa flamme. Il se souvient alors, qu'en Poitou, on conseille de poursuivre le feu pour le faire fuir, il avance d'un pas mais se rétracte immédiatement. Des histoires folles se bousculent dans ses yeux clairs, la lanterne de nuit cherche à le perdre pour le noyer dans mes eaux marécageuses, il saisit un couteau de sa main libre, enfoui au fond d'une besace de peau. L'homme s'accroupit et plante la lame dans mon sol spongieux, mais le fofu ne veut pas s'éteindre. Cette âme en peine semble alors perdre en vigueur. Pour sauver la sienne, il promet dans une prière, de partir en confesse aux prochaines pâques, tout en abandonnant son coutelas, espérant que le follet imprudent s'y blesse. Mais le démon égaré ne se décide pas à bouger de mes feignes nauséabondes. Le paysage se confond soudainement, la surface de mes   eaux ressemble alors à la terre et mes terres aux eaux putrides.
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Le cula déteste les jurons, fermant les yeux, le chasseur crache alors toutes les offenses qui lui traversent l'esprit en se raidissant violemment. C'est alors que le lutin se cabre et d'un bond se jette dans mes eaux malfaisantes à la surface desquelles mille chandelles multicolores explosent de couleurs vives. Le braconnier remercie, se relâche et s'écroule sur les genoux, avant de fuir sans un regard, assurant qu'il renie cette contrée à tout jamais.

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Cette histoire, peu ordinaire, aurait pu être conté jadis, entre les lattes disjointes d'une cabane de pécheurs vosgiens ou d'ailleurs, un soir d'hiver, au coin d'un feu de bois moribond. Les légendes sont nombreuses, dans tous les pays du monde, tour à tour, esprits, créatures démoniaques, gardiens de trésors enfouis, les feux follets gardent encore aujourd'hui leurs mystères.

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Les roches semblent flotter sur la tourbière

Les premiers témoins parlent de flammes flottant au-dessus des marais, à partir du moyen age.

Mentionnés par Isaac Newton, dans ses notes, elles sont décrites comme des vapeurs émergeant de mes eaux putréfiées. Certaines expériences récentes, tentant de reproduire le phénomène ont cependant échoué. Au sein des profondeurs marécageuses, la phosphine pourrait pourtant se combiner avec le méthane pour expliquer l'illustre processus.

Cette hydrure de phosphore, gaz incolore inflammable, formé durant la décomposition des chairs, peut dégager une odeur extrême de pourriture.

Le méthane s'échappe naturellement de mes zones humides, pauvre en oxygéne tout comme de mes mangroves, rizières et terres inondables. Mes bactéries méthanogènes décomposent mes matières végétales et dégagent de forte concentration de gaz à des températures élevés durant mes chauds et lourds étés lorrains.

Une flamme froide, généralement bleutée, est souvent décrite par les témoins. Il semble que la phosphine permette une augmentation de température suffisante pour enflammer le méthane, en réaction avec l'oxygène de l’air, créant alors une flamme à faible pouvoir calorique, d'autres émanations gazeuses pouvant apparaître spontanément.

Cependant, les secrets de la chimie enfouis dans les miasmes de mes marais ne sont pas encore connus.

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Certaines théories cherchent à expliquer le phénomène. En dehors de toute croyance, le dégagement et l’inflammation du gaz émis par mes matières mortes en décomposition, comme le méthane, semblent une explication plausible mais peu satisfaisante. Les cadavres de mes animaux engendrent, la phosphine, un gaz dont la particularité est de s'enflammer au contact direct de l'air alors que le méthane serait seulement son combustible. Plus récemment, on évoque des contraintes tectoniques ou sismiques. dans des roches quartziques, piézoélectriques qui seraient capable de produire un courant électrique guidé par des vapeurs, jusqu'à la surface, pour former une boule lumineuse.

Une théorie plus amusante affirme que ces feux sont dus à l'apparition d'une chouette effraie, au plumage luminescent. La Tito alba, strictement nocturne, dont le souffle ressemble à une respiration et chasse les rongeurs, peu fréquents dans mes zones marécageuses. Pour d'autres, le responsable est un champignon, la tête de méduse ( Armillaria mellea ), vivant en grappe, qui pourrait engendrer une bioluminescence lors de pousse sur mes bois pourrissants. Les phénomènes observés sont pourtant concentrés dans mes milieux humides, lors de fortes chaleurs d'été, voire à l'automne.

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L'explication du phénomène, devenu rare, ne passionne guère nos chercheurs, alors que des physiciens du dix-huitième évoquaient une matière visqueuse et glaireuse qui serait sublimée dans l’air sous l’action de la chaleur solaire. Les légendes et forces surnaturelles gardent encore toutes leurs valeurs ancestrales!


Merci de votre visite, à bientôt!





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commentaires

Amel 14/02/2010 15:37


My mistake !! En fait l'antépénultième est l'avant avant dernière !


JLV 14/02/2010 19:47


je savais bien.....biz bonne semaine


Amel 11/02/2010 19:37


antépénultième = avant-dernière en réalité ! ;)


JLV 11/02/2010 20:19


bien, je peux mourir alors, moins bête qu'hier....


Amel 11/02/2010 19:12


J'aime beaucoup la 1ère et l'antépénultième photo !!


JLV 11/02/2010 19:24


serait ce la dernière....bye merci de tes commentaires


maeldune 04/02/2010 22:05


Seul le diamant de la vouivre
éclaire ces eaux noires.

Je me promène souvent au bord de la Gruère
et suis toujours étonnée de voir autant de vie
dans un endroit où tout semble étouffé par la tourbe.

Bravo pour l'article et les photos


JLV 05/02/2010 09:17


oui, je dois retourner au printemps sur la tourbière de Lispach, pour trouver le lézard qui résiste au gel et la droséra, merci de ton com


Veronique Brosseau 02/02/2010 19:07


un coin fort intéressant pour la faune !


JLV 03/02/2010 08:44


lézard et plantes carnivores, que je n'ai pas pris le temps de rechercher....pourquoi pas cet été...


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